Mücahit Özden Hun

Bakou en 1918 : la République et la Commune

En 1918, l'Azerbaïdjan a connu deux projets politiques concurrents : la République démocratique d'Azerbaïdjan et la Commune de Bakou, reflétant des visions différentes pour l'avenir du Caucase du Sud.

Chers lecteurs,

Le 28 mai 2026 marquait l'anniversaire de la fondation de la République démocratique d'Azerbaïdjan. Il y a exactement 108 ans, le 28 mai 1918, le Conseil national d'Azerbaïdjan, réuni à Tbilissi, adoptait la Déclaration d'Indépendance, l'un des documents politiques les plus importants de l'histoire du Caucase du Sud, et proclamait l'indépendance de l'Azerbaïdjan.

Cette proclamation n'était pas seulement la naissance d'un nouvel État. C'était aussi une réponse historique à la question de l'orientation politique future du Caucase du Sud, dans le grand vide de pouvoir créé par l'effondrement de la Russie tsariste. D'un côté, il y avait l'incertitude post-impériale, la guerre, les migrations, les conflits ethniques et la rivalité pétrolière ; de l'autre, la quête d'un État moderne, parlementaire, séculier et national.

La fondation de la République démocratique d'Azerbaïdjan occupe donc une place particulière non seulement dans l'histoire de l'Azerbaïdjan, mais aussi dans celle de tout le Caucase, du monde post-ottoman, de la Révolution russe et des sociétés musulmanes. Car cette république, fondée en 1918, fut l'une des premières grandes expériences politiques à tenter de mettre en œuvre l'idée de démocratie parlementaire dans l'Orient musulman.

Cependant, lorsque cette république fut proclamée à Tbilissi, Bakou, la ville la plus importante d'Azerbaïdjan, n'était pas sous son contrôle. Bakou était alors sous le contrôle d'une expérience politique tout à fait différente, la Commune de Bakou. Ainsi, l'année 1918 fut une année charnière dans l'histoire de l'Azerbaïdjan, où deux projets distincts apparurent simultanément : la république nationale-parlementaire proclamée à Tbilissi et organisée à Gandja, et la commune révolutionnaire apparue à Bakou sous l'égide des ouvriers du pétrole, des bolcheviks, des socialistes et des éléments militaires arméniens-Dachnak.

Ces deux structures ne représentaient pas seulement deux formes de gouvernement distinctes. Elles représentaient également deux visions historiques différentes de l'avenir du Caucase du Sud. L'une était basée sur l'idée de nation, de parlement, d'indépendance et d'État ; l'autre se présentait avec la prétention de classe, de soviet, de révolution et d'internationalisme. Pour comprendre Bakou en 1918 et la fondation de la République d'Azerbaïdjan, il faut voir comment ces deux projets se sont affrontés dans le même vide historique.

L'effondrement de la Russie tsariste avec la Révolution de 1917 a créé un grand vide administratif et militaire dans le Caucase du Sud. Tbilissi était alors l'un des centres politiques les plus importants du Caucase. Les représentants géorgiens, arméniens et musulmans-turcs ont d'abord tenté d'agir ensemble sous l'égide de la République démocratique fédérative de Transcaucasie. Cependant, le poids de la guerre, l'avancée ottomane, le pouvoir bolchevique en Russie, les tensions ethniques et les conflits d'intérêts régionaux n'ont pas permis à cette structure fédérative de survivre longtemps.

Le 26 mai 1918, la Géorgie proclama son indépendance. La Fédération de Transcaucasie se désintégra de fait. Un jour plus tard, le 27 mai, les représentants musulmans à Tbilissi formèrent le Conseil national d'Azerbaïdjan. Le 28 mai 1918, l'indépendance de l'Azerbaïdjan fut proclamée. C'est pourquoi le lieu de naissance de la République démocratique d'Azerbaïdjan n'est pas Bakou, mais Tbilissi.

Cette situation peut paraître surprenante à première vue. Car lorsque l'on parle de l'Azerbaïdjan moderne, la première ville qui vient à l'esprit est Bakou. Mais au printemps 1918, Bakou n'était pas le centre du mouvement national azerbaïdjanais, mais une métropole pétrolière sous le contrôle des bolcheviks et des forces agissant en alliance de fait avec eux. La république nouvellement fondée ne possédait pas Bakou, qu'elle considérait comme sa capitale historique. C'est pourquoi la première période de la République d'Azerbaïdjan est, d'une certaine manière, la lutte d'un État né sans capitale pour atteindre son centre.

Le 16 juin 1918, le Conseil national et le gouvernement d'Azerbaïdjan se sont déplacés de Tbilissi à Gandja. Gandja est devenue le centre temporaire de la république pendant cette période. C'est là que l'organisation de l'État a commencé à être mise en place, l'armée à être formée, la structure administrative à être construite et les préparatifs politico-militaires pour la prise de Bakou à être effectués. L'indépendance proclamée à Tbilissi s'est transformée en État à Gandja.

La période de Gandja est une période extrêmement critique pour la République d'Azerbaïdjan. Car le nouvel État n'avait pas encore d'armée régulière, de bureaucratie établie, de reconnaissance internationale et de ressources financières limitées. Malgré cela, les cadres fondateurs n'ont pas renoncé à l'idée d'un État moderne. Mehmed Emin Resulzade, Fetali Han Hoyski, Nesib Bey Yusufbeyli, Alimerdan Bey Topçubaşov et d'autres intellectuels-politiciens n'ont pas seulement essayé de former un gouvernement de crise ; ils ont également essayé de construire une nouvelle identité politique.

Au centre de cette identité politique se trouvaient l'indépendance, le droit, la représentation, l'ordre parlementaire et la modernisation. La République démocratique d'Azerbaïdjan, dans sa déclaration de fondation, a proclamé que tous les citoyens avaient des droits égaux, sans distinction de religion, de secte, de classe, de sexe et de nationalité. C'était une approche extrêmement avancée compte tenu des conditions de 1918.

Mais au même moment, un processus politique tout à fait différent se déroulait à Bakou.

Au début du XXe siècle, Bakou n'était pas seulement une ville ; c'était le cœur de l'ère pétrolière dans le Caucase. Le pétrole de Bakou était une ressource stratégique qui attirait l'attention de l'Empire russe, des milieux financiers européens, de l'Empire ottoman, de la Grande-Bretagne, des bolcheviks et des mouvements politiques locaux. Le pétrole, tout en enrichissant la ville, l'avait également transformée en un champ de rivalité pour les grandes puissances.

En 1918, l'équilibre des forces politiques à Bakou était extrêmement complexe. La ville abritait des ouvriers russes, une population arménienne, des Turcs musulmans, des Juifs, des ouvriers iraniens, des bolcheviks, des mencheviks, des socialistes-révolutionnaires, des Dachnaks et des Müsavatistes. Cette structure multicouche est rapidement devenue explosive dans les conditions de guerre et de révolution.

C'est dans ce contexte qu'est apparue la Commune de Bakou. Le gouvernement à prédominance bolchevique, dirigé par Stepan Chaumian, a tenté d'établir le pouvoir soviétique à Bakou. Le nom de la Commune rappelait l'héritage révolutionnaire de la Commune de Paris de 1871. Cependant, il n'est pas juste de considérer la Commune de Bakou comme une simple répétition de la Commune de Paris.

La Commune de Paris était l'expérience d'une France vaincue, d'un Paris assiégé et d'une population urbaine révoltée contre l'État central. La Commune de Bakou, quant à elle, est née au milieu de la Révolution russe, de la question des nationalités dans le Caucase, de l'économie pétrolière et des conditions de guerre. Alors qu'à Paris, l'autonomie urbaine, le républicanisme et la révolte de classe étaient au premier plan ; à Bakou, la stratégie de pouvoir bolchevique, l'industrie pétrolière, le soutien militaire arménien-Dachnak et l'inquiétude sécuritaire de la population musulmane-turque étaient entrelacés.

C'est pourquoi la Commune de Bakou était à la fois une administration municipale révolutionnaire et un pouvoir de guerre situé au centre des tensions ethnico-politiques. L'historiographie soviétique l'a glorifiée comme l'expérience héroïque de la classe ouvrière. Dans la mémoire nationale azerbaïdjanaise, la Commune de Bakou est devenue le nom d'un traumatisme profond, en particulier en raison des événements de mars 1918.

Les Journées de Mars, qui se sont déroulées entre le 30 mars et le 2 avril 1918, sont l'événement le plus important qui a déterminé l'image historique de la Commune de Bakou. Pendant ces jours, les forces bolcheviques et les éléments armés arméniens-Dachnak sont entrés en conflit sanglant avec les cercles Müsavat et la population musulmane-turque. Les affrontements ont rapidement dépassé le cadre d'un règlement de comptes politique et des massacres à grande échelle visant la population musulmane-turque ont eu lieu. Différentes sources donnent des chiffres différents concernant le nombre de morts ; mais il est incontestable que les événements ont causé une grande destruction à la communauté musulmane-turque de Bakou.

Massacre des Turcs d'Azerbaïdjan pendant les années de la Commune de Bakou (mars 1918)

Les Journées de Mars ne peuvent être considérées comme un simple conflit local. Cet événement est une rupture dans le Caucase du Sud où la lutte des classes, la révolution, le nationalisme et les craintes de sécurité ethnique sont devenus indissociables. Alors que les bolcheviks interprétaient les événements comme une lutte contre la menace contre-révolutionnaire du Müsavat ; le récit national azerbaïdjanais a rappelé ce processus comme un grand massacre commis contre les Turcs d'Azerbaïdjan. La vérité historique ne peut être saisie en choisissant simplement l'un de ces deux récits, mais en comprenant l'environnement de violence multicouche de l'époque.

L'existence de la Commune de Bakou était un problème existentiel pour la République démocratique d'Azerbaïdjan. Car la république était impensable sans Bakou. Bakou était indispensable non seulement en raison de sa richesse pétrolière, mais aussi en raison de sa signification politique et symbolique. Une République d'Azerbaïdjan sans Bakou signifiait un État éloigné de son propre cœur.

Le gouvernement azerbaïdjanais de Gandja a donc fait de la prise de Bakou l'un de ses objectifs fondamentaux. Le soutien de l'Empire ottoman a été déterminant dans ce processus. L'Armée islamique du Caucase, sous le commandement de Nuri Pacha, a avancé vers Bakou avec les forces azerbaïdjanaises. Cette avancée n'était pas seulement une opération militaire ; elle signifiait aussi la fin de la Commune de Bakou et de la domination bolchevique-Dachnak.

La Commune de Bakou, quant à elle, a été de plus en plus mise en difficulté face à cette avancée. De sérieuses divergences sont apparues dans la ville entre les bolcheviks et les autres éléments politiques socialistes et arméniens concernant la question de l'aide britannique. Les bolcheviks étaient contre la coopération avec les Britanniques, qu'ils considéraient comme impérialistes. Les mencheviks, les Dachnaks et certains éléments socialistes de droite considéraient le soutien britannique comme nécessaire contre l'avancée ottomane-azerbaïdjanaise.

Cette division a préparé la fin de la Commune de Bakou. Le 26 juillet 1918, la Commune de Bakou fut renversée. Un nouveau gouvernement, appelé la Dictature de la Caspienne Centrale, plus ouvert au soutien britannique, lui succéda. Ainsi, l'expérience de la Commune bolchevique à Bakou prit fin de fait. Mais la lutte pour la ville ne s'arrêta pas.

Le 15 septembre 1918, l'Armée islamique du Caucase et les forces azerbaïdjanaises entrèrent dans Bakou. Cette date est extrêmement importante pour la République d'Azerbaïdjan. Car à partir de cette date, Bakou passa sous le contrôle effectif de la nouvelle république. Le 17 septembre 1918, le gouvernement azerbaïdjanais se déplaça de Gandja à Bakou. Ainsi, la république proclamée à Tbilissi, organisée à Gandja, retrouva enfin son identité de capitale réelle à Bakou.

Nuri Pacha (Killigil), commandant de l'Armée islamique du Caucase

La phrase la plus juste pour résumer ce processus est la suivante : la République d'Azerbaïdjan est née à Tbilissi, a appris à survivre à Gandja, et a retrouvé son centre historique à Bakou.

Cependant, la prise de Bakou n'a pas complètement mis fin aux tensions dans la ville. La guerre, la vengeance, la peur ethnique et les règlements de comptes politiques ont continué. Le changement de mains de Bakou a également conduit à de nouvelles vagues de violence dans la direction opposée au traumatisme créé par les Journées de Mars. C'est pourquoi lire Bakou en 1918 avec un récit unilatéral d'héroïsme ou de victimisation réduit la réalité historique. Bakou, cette année-là, était la ville de la révolution et de la contre-révolution, de l'État national et du chaos post-impérial, de la richesse pétrolière et de la violence de masse.

Après la chute de la Commune de Bakou, l'un des événements les plus mémorables de l'histoire est le sort des 26 commissaires de Bakou. Cet événement a été érigé en symbole de sacrifice révolutionnaire et de martyre dans l'historiographie soviétique ; dans la mémoire nationale azerbaïdjanaise, il a été considéré comme faisant partie de l'héritage controversé de la Commune de Bakou lié aux événements de mars 1918.

Les 26 commissaires de Bakou étaient composés de cadres bolcheviques et socialistes-révolutionnaires de gauche de la Commune de Bakou. Ce cadre n'appartenait pas à un seul groupe ethnique. Parmi eux se trouvaient des Arméniens, des Turcs d'Azerbaïdjan, des Géorgiens, des Russes, des Juifs, des Lettons et des révolutionnaires d'autres nationalités. Cette structure multiethnique montre que Bakou était à l'époque le point de convergence non seulement de l'Azerbaïdjan, mais de tout le Caucase, de l'héritage de l'Empire russe et de l'ère pétrolière.

Le nom le plus connu parmi les commissaires était Stepan Chaumian. Chaumian, bolchevique d'origine arménienne, était la figure politique la plus puissante de la Commune de Bakou. À ses côtés se trouvaient des noms comme Meşedi Azizbeyov et Mir Hasan Vezirov, des Turcs d'Azerbaïdjan. En outre, Prokopi Djaparidze, Ivan Fioletov, Grigori Korganov, Yakov Zevin, Arsen Amiryan, Bagdasar Avakyan et d'autres révolutionnaires faisaient également partie de ce cadre. Cette liste reflète la prétention internationaliste de la Commune de Bakou et la structure sociale complexe de Bakou.

Stepan Chaumian, leader d'origine arménienne de la Commune de Bakou

Meşhedi Azizbey, Turc d'Azerbaïdjan, l'un des leaders de la Commune de Bakou

Cependant, ce cadre révolutionnaire multiethnique n'a pas suffi à résoudre la question des nationalités à Bakou. Au contraire, les bases militaires de la Commune, en particulier en raison de l'alliance de fait qu'elle a établie avec les éléments armés arméniens-Dachnak lors des événements de mars 1918, ont laissé une profonde méfiance et un traumatisme dans la mémoire de la population musulmane-turque. C'est pourquoi les 26 commissaires de Bakou, glorifiés comme des martyrs de la révolution dans l'historiographie soviétique, ont eu une place beaucoup plus controversée dans la mémoire nationale azerbaïdjanaise.

Le 26 juillet 1918, la Commune de Bakou fut renversée. À sa place fut établie la Dictature de la Caspienne Centrale, où les éléments mencheviks, socialistes-révolutionnaires de droite et dachnaks étaient influents. Les cadres de la Commune tentèrent d'abord de quitter Bakou, mais furent capturés et emprisonnés. En septembre 1918, l'équilibre des forces dans la ville changea à nouveau avec l'approche des forces ottomanes-azerbaïdjanaises. Les commissaires, libérés de prison grâce à l'intervention des unités rouges, voulurent se rendre à Astrakhan via la Caspienne. Mais le navire sur lequel ils se trouvaient se dirigea vers Krasnovodsk.

À Krasnovodsk, ils furent de nouveau arrêtés par les autorités transcaspiennes. Dans la nuit du 20 septembre 1918, ils furent fusillés sur le territoire actuel du Turkménistan, près de Krasnovodsk, entre les gares de Pereval et Akhcha-Kuyma. Le rôle des services de renseignement britanniques et de l'administration transcaspienne dans cette exécution a longtemps été débattu. Le récit soviétique a présenté cet événement comme un meurtre commis par les impérialistes et les contre-révolutionnaires contre les cadres révolutionnaires. Tout au long de l'Union soviétique, les 26 commissaires de Bakou ont été érigés en symbole de sacrifice révolutionnaire par des monuments, des peintures, des livres et des cérémonies.

Scène de l'exécution des 26 commissaires, fondateurs de la Commune de Bakou

Cependant, après la dissolution de l'Union soviétique, cette mémoire a considérablement changé. En Azerbaïdjan, les 26 commissaires de Bakou ne sont plus considérés uniquement comme des martyrs de la révolution, mais comme des figures controversées liées aux événements sanglants de mars 1918 et à l'héritage oppressif de la Commune de Bakou sur la population musulmane-turque. Ainsi, les mêmes personnes ont acquis deux significations différentes dans deux mémoires historiques distinctes : victimes de la révolution dans la mémoire soviétique, et représentants d'un pouvoir communard controversé dans la mémoire nationale azerbaïdjanaise.

C'est pourquoi la question des 26 commissaires de Bakou n'est pas seulement l'histoire d'une exécution. Elle montre comment Bakou a été le théâtre d'une guerre de mémoire en 1918. D'un côté, l'idée de révolution internationaliste, de l'autre, la quête d'un État national ; d'un côté, la politique de classe, de l'autre, l'inquiétude de la sécurité ethnique ; d'un côté, le récit du martyre soviétique, de l'autre, le traumatisme azerbaïdjanais de mars 1918. C'est précisément là que réside l'importance historique des 26 commissaires de Bakou.

Après son déménagement à Bakou, la République démocratique d'Azerbaïdjan a accéléré ses efforts pour établir des institutions étatiques modernes. Le 7 décembre 1918, le Parlement azerbaïdjanais a été ouvert. Ce parlement était basé sur l'idée d'une représentation multipartite et multiethnique. Outre les Turcs d'Azerbaïdjan, les Arméniens, les Russes, les Juifs, les Allemands et d'autres communautés devaient également être représentés. À cet égard, la république n'était pas seulement un État national, mais aussi une tentative d'établir un ordre constitutionnel et parlementaire dans une géographie multiethnique.

L'une des caractéristiques les plus remarquables de la République était la reconnaissance des droits politiques des femmes. La République démocratique d'Azerbaïdjan fut l'un des premiers exemples à accorder le droit de vote et d'éligibilité aux femmes. Cette décision fut un grand pas en avant non seulement pour l'histoire de l'Azerbaïdjan, mais aussi pour l'histoire des sociétés musulmanes. L'acceptation du droit de citoyenneté politique des femmes dans les conditions de 1918 montrait clairement le caractère modernisateur de la nouvelle république.

Un autre aspect important de la République était sa conception séculière de l'État. La société azerbaïdjanaise était majoritairement musulmane ; mais les cadres fondateurs du nouvel État n'ont pas fait de l'identité religieuse le seul déterminant du régime politique. Le droit, l'éducation, le parlement et l'administration de l'État ont été construits sur la base d'institutions modernes. C'est pourquoi la République démocratique d'Azerbaïdjan peut être considérée comme l'un des premiers exemples d'un modèle d'État séculier-parlementaire dans une société à majorité musulmane.

La question de la langue a également occupé une place importante dans la construction identitaire de la république. À l'époque, la désignation utilisée pour la langue d'État n'était pas l'actuel "langue azerbaïdjanaise", mais "langue turque" dans la plupart des documents. Cela était directement lié à l'atmosphère politique et culturelle de l'époque. Les intellectuels azerbaïdjanais se considéraient comme liés au vaste monde turc, tout en essayant de construire une identité azerbaïdjanaise locale sous l'égide d'un État moderne. Plus tard, pendant la période soviétique, la désignation de la langue changerait, et le concept de "langue azerbaïdjanaise" deviendrait plus prononcé.

Des progrès importants ont également été réalisés dans le domaine de l'éducation. La fondation de l'Université d'État de Bakou est devenue l'un des héritages les plus durables de la république. Le jeune État ne voulait pas seulement établir un appareil militaire et administratif ; il visait également à former une génération d'intellectuels modernes. Cela montre que la république, malgré sa courte durée de vie, portait un projet de civilisation à long terme.

Mais malgré toutes ces caractéristiques progressistes, la République démocratique d'Azerbaïdjan vivait dans des conditions très difficiles. Il y avait de sérieux conflits avec l'Arménie sur des régions comme le Karabakh, le Zanguezour et le Nakhitchevan. Les problèmes frontaliers avec la Géorgie, les liens historiques avec l'Iran, la défaite de l'Empire ottoman, l'arrivée des Britanniques à Bakou, la guerre civile en Russie et le retour des bolcheviks dans le Caucase réduisaient la marge de manœuvre de la jeune république.

La plus grande faiblesse de la République était qu'elle n'avait pas eu le temps de compléter son institutionnalisation. L'État fut établi, le parlement ouvert, les gouvernements formés, l'armée tenta d'être construite, la diplomatie fut menée ; mais tout cela se fit dans un contexte de guerre et de rivalité entre grandes puissances. La nouvelle république, tout en faisant des pas vers la modernisation, luttait pour préserver son existence.

À ce stade, il convient de se pencher spécifiquement sur Mehmed Emin Resulzade, l'un des leaders fondateurs de la République démocratique d'Azerbaïdjan. Car la vie de Resulzade est l'histoire non seulement de la république fondée en 1918, mais aussi de l'idée d'indépendance azerbaïdjanaise maintenue en exil après la chute de cette république.

Mehmed Emin Resulzade

Mehmed Emin Resulzade était le président du Conseil national d'Azerbaïdjan et l'un des penseurs les plus influents de l'idée nationale azerbaïdjanaise. En tant que journaliste, intellectuel, homme politique et organisateur, il a occupé une place centrale dans l'histoire de l'Azerbaïdjan du XXe siècle. Sa citation attribuée, "Un drapeau qui s'est levé une fois ne s'abaissera plus", est devenue non seulement un slogan politique, mais aussi l'expression la plus intense de l'idée d'indépendance azerbaïdjanaise.

La vie de Resulzade porte en elle toutes les grandes ruptures du Caucase. Dans sa jeunesse, il a grandi dans l'atmosphère révolutionnaire et intellectuelle de Bakou. Il a été en contact avec les cercles sociaux-démocrates russes, le mouvement Hümmet, la Révolution constitutionnelle iranienne et les idées turquistes-modernisatrices. Il a également rencontré le jeune Staline à cette époque. Des récits ultérieurs affirment que Resulzade a sauvé Staline du danger à plusieurs reprises pendant sa jeunesse. Cette ancienne connaissance serait l'élément le plus important qui sauverait la vie de Resulzade en 1920.

En avril 1920, l'Armée rouge entra dans Bakou et la République démocratique d'Azerbaïdjan prit fin. Resulzade se cacha un temps ; mais en août 1920, il fut capturé et ramené à Bakou. Dans des circonstances normales, en tant que leader fondateur de l'ancienne république, il aurait très probablement été exécuté par le nouveau pouvoir soviétique. Cependant, lorsque Staline arriva à Bakou, il intervint pour la libération de Resulzade. Resulzade fut libéré de prison et emmené à Moscou.

Pendant ses années à Moscou, Resulzade fut associé à certaines fonctions au sein du Commissariat du peuple aux nationalités. Il enseigna également le turc et le persan dans des institutions orientalistes à Moscou. Bien que certains récits confondent le nom de l'institution et mentionnent Leningrad ou l'Université des peuples de l'Est, des sources biographiques fiables indiquent qu'il a enseigné à l'Institut oriental de Moscou. Ce détail est important ; car il montre que Resulzade ne s'est pas réellement réconcilié avec le régime soviétique, mais a traversé une période intermédiaire forcée pour survivre et attendre le bon moment.

Il passa ensuite par Petrograd pour se rendre en Finlande, d'où il atteignit la Turquie. Son arrivée en Turquie marqua le début d'une nouvelle période d'exil dans la vie de Resulzade. À Istanbul, il publia des ouvrages décrivant la cause de l'indépendance de l'Azerbaïdjan, tenta d'organiser l'émigration politique azerbaïdjanaise et maintint le centre extérieur du mouvement Müsavat. Les publications qu'il fit paraître à Istanbul dans les années 1920 devinrent les principaux outils de propagande du mouvement national azerbaïdjanais anti-soviétique.

Cependant, les relations turco-soviétiques ont progressivement restreint le champ d'action de Resulzade en Turquie. Au début des années 1930, des accords secrets ont été conclus entre l'Union soviétique et la Turquie pour limiter les activités de propagande mutuelles. Dans cette atmosphère, Resulzade fut contraint de quitter la Turquie en 1931.

Cette expulsion ne peut être expliquée uniquement par la Révolte d'Ağrı Dağı ; cependant, pendant les années de la Révolte d'Ağrı, le soutien de l'Union soviétique à la Turquie en matière de sécurité et de frontières a contribué à ce qu'Ankara adopte une approche plus distante envers les organisations d'émigrés caucasiens anti-soviétiques. Par conséquent, le départ de Resulzade de Turquie doit être évalué dans le cadre du rapprochement turco-soviétique, de la sécurité des frontières, de la propagande anti-soviétique, de l'émigration caucasienne et des calculs de sécurité régionale des années de la Révolte d'Ağrı Dağı.

Resulzade a ensuite vécu en Pologne, en Allemagne et dans d'autres pays européens. Dans les années 1930, il a participé au mouvement Prométhée. Ce mouvement était un réseau d'émigration politique qui cherchait à porter la cause de l'indépendance des nations non russes au sein de l'Union soviétique à l'attention de l'opinion publique européenne. Pendant cette période, Resulzade a abordé la question azerbaïdjanaise non seulement comme un problème d'indépendance locale, mais comme une question commune aux nations captives au sein de l'empire soviétique.

Pendant les années de la Seconde Guerre mondiale, la vie de Resulzade est entrée dans une période encore plus complexe. L'Allemagne nazie a cherché à former diverses légions à partir de soldats musulmans, turcs et caucasiens capturés pendant la guerre contre l'Union soviétique. La Légion azerbaïdjanaise est apparue dans ce cadre. Les autorités allemandes ont pris contact avec l'émigration politique azerbaïdjanaise anti-soviétique et l'entourage de Resulzade.

Cependant, la condition fondamentale de Resulzade était la reconnaissance de l'indépendance de l'Azerbaïdjan. L'Allemagne nazie, quant à elle, n'était pas disposée à accepter ces demandes comme un véritable programme d'indépendance. C'est pourquoi les relations de Resulzade avec l'Allemagne ne peuvent être racontées comme une simple histoire de coopération. Il défendait l'idée d'un Azerbaïdjan indépendant libéré du joug soviétique ; l'Allemagne nazie, quant à elle, voulait utiliser les peuples du Caucase principalement comme éléments militaires et de propagande contre l'Union soviétique.

Certains récits rapportent qu'Hitler a personnellement rencontré Resulzade, que le discours de Resulzade aux légionnaires turcs d'Azerbaïdjan a dérangé l'administration allemande et qu'il a ensuite été contraint de quitter l'Allemagne. L'affirmation plus solide est la suivante : Resulzade n'a pas transigé avec la ligne de l'Allemagne nazie qui ne reconnaissait pas clairement l'indépendance de l'Azerbaïdjan et, pendant les années de guerre, il a quitté l'Allemagne pour vivre un certain temps dans des pays comme la Roumanie.

Après la Seconde Guerre mondiale, Resulzade est retourné en Turquie. À partir de 1947, il a mené des activités autour du centre national azerbaïdjanais à Ankara. En 1949, il a dirigé la fondation de l'Association culturelle azerbaïdjanaise. En 1952, il a commencé à publier la revue "Azerbaïdjan". Ses dernières années en Turquie furent celles d'un intellectuel exilé, d'un porteur de mémoire et d'un penseur qui s'efforçait de transmettre la cause de l'indépendance aux générations futures, plus que celles d'un homme d'État.

Mehmed Emin Resulzade est décédé à Ankara le 6 mars 1955. Sa tombe se trouve à Ankara. Sa vie est l'histoire d'une république proclamée à Tbilissi, d'une indépendance perdue à Bakou et d'une mémoire nationale maintenue en exil. Resulzade n'est pas seulement le fondateur de la République démocratique d'Azerbaïdjan, mais aussi l'une des figures les plus importantes qui a maintenu vivante l'idée d'un Azerbaïdjan indépendant à l'époque soviétique.

En avril 1920, l'entrée de l'Armée rouge à Bakou mit fin à la République démocratique d'Azerbaïdjan. Le 28 avril 1920, la République socialiste soviétique d'Azerbaïdjan fut proclamée. Ainsi, l'expérience d'indépendance commencée le 28 mai 1918 à Tbilissi fut interrompue par la domination soviétique environ 23 mois plus tard.

Cependant, cette courte durée de vie ne diminue pas l'importance historique de la République démocratique d'Azerbaïdjan. Au contraire, elle en augmente la valeur. Car les mesures prises en seulement 23 mois dans les domaines de la démocratie parlementaire, des droits des femmes, de l'État séculier, de la représentation multiethnique, de l'éducation moderne et de la diplomatie montrent que la république n'était pas seulement un gouvernement de guerre temporaire. Elle était une expression forte de l'idée d'un État moderne dans le Caucase du Sud.

Avec le recul, l'année 1918 ne nous raconte pas seulement l'histoire de l'indépendance de l'Azerbaïdjan. Elle montre également comment les sociétés ont tenté de se reconstruire sous différentes formes politiques à une époque où les empires s'effondraient. La proclamation à Tbilissi, l'organisation à Gandja, la montée et la chute de la Commune de Bakou, l'exécution des 26 commissaires de Bakou, la transformation de Bakou en capitale, la vie en exil de Resulzade et enfin la fin de la république par les Soviétiques sont autant de scènes interconnectées du même grand drame historique.

C'est là la question essentielle à retenir à l'occasion du 108e anniversaire de la fondation de la République démocratique d'Azerbaïdjan : cette république n'est pas seulement un État éphémère du passé. C'est une tentative précoce et courageuse de la raison politique moderne, de la volonté parlementaire, des droits des femmes, de l'idée d'un État séculier et de l'idéal d'indépendance nationale dans le Caucase du Sud.

C'est pourquoi le 28 mai n'est pas seulement un jour de fondation. C'est aussi le symbole d'une volonté d'État qui s'étend de Tbilissi à Gandja, de Gandja à Bakou, et d'un effort pour construire un nouvel avenir sur les ruines d'un empire. La vie de Mehmed Emin Resulzade complète une autre dimension de ce symbole : l'État peut s'effondrer, la capitale peut être perdue, les dirigeants peuvent être exilés ; mais l'idée d'indépendance ancrée dans la mémoire d'une nation peut renaître lorsque le moment historique est venu.

Cordialement. Mücahit Özden Hun

İradenin Zaferi Gökyüzünde: YUSUF AKGÜN

İradenin Zaferi Gökyüzünde: YUSUF AKGÜN

Değerli Okuyucular, Bir zamanlar sınıftaki sınav kâğıdını ağzında tuttuğu kalemle dolduran Iğdırlı Yusuf Akgün, bugün aynı kalemle Türkiye’nin millî muharip uçağı KAAN’ı çiziyor. Çocuk yuvalarından dünya spor sahnelerine, resim atölyelerinden TUSAŞ hangarlarına uzanan bu yol, yalnızca bir başarı hikâyesi değil; insanın kendi kaderine karşı verdiği büyük mücadelenin adıdır.

Mücahit Özden Hun
Amerikalı General Harbord ve Sürmeli Ovasının Sessizliği (1919)

Amerikalı General Harbord ve Sürmeli Ovasının Sessizliği (1919)

1919 yılı, yalnız Osmanlı Devleti’nin yenilgisinin değil, Doğu Anadolu ve Kafkasya’da sınırların, hafızaların ve komşulukların parçalandığı bir yıldı. Savaş bitmiş görünüyordu; fakat savaşın geride bıraktığı öfke, açlık, göç, intikam ve güvensizlik henüz bitmemişti. Paris Barış Konferansı’nın salonlarında çizilmeye çalışılan haritalar, sahadaki insan gerçeğini anlamakta zorlanıyordu. Ermenistan meselesi,

Mücahit Özden Hun